Prêts pour le pot? Lisez cet article avant d’investir.

Renseignements généraux

Alors qu’approche la légalisation à l’échelle nationale de la consommation récréative de cannabis, la marijuana, ainsi que les investissements dans les marchés qui lui sont liés, continuent d’être d’actualité. Le présent article s’intéresse à la manière dont l’industrie prend forme et se penche sur certaines questions restées sans réponse. Comme avec toute nouvelle industrie (et soyez certains qu’il s’agit d’une industrie, non d’une culture d’arrière-cour), il y a des opportunités, mais aussi des risques qui doivent être considérés.

Si on fait abstraction du débat sur les bénéfices que pourrait avoir la marijuana sur la santé, il reste plusieurs questions à propos de la distribution à travers le pays une fois que la Loi sur le cannabis entrera en vigueur. On peut aussi se demander si les échéances pour la vente de la marchandise seront respectées, de même que celles pour savoir la nature des produits qui seront autorisés à la vente (à l’état naturel, l’huile ou les produits comestibles).

En ce qui concerne l’encadrement au travail, le consensus semble être le même que celui existant pour l’alcool et les autres substances : quiconque se trouve dans un milieu de travail ne devrait pas être intoxiqué. Autrement dit, si vous ne pouvez pas travailler saoul, vous ne pouvez pas travailler « gelé ». Bien sûr, lorsque la consommation devient une dépendance et que l’employeur en est informé, un ensemble de questions sur les droits de la personne entre en ligne de compte. Ce sera aux tribunaux de trancher sur ces enjeux, ainsi que sur ceux qui concernent le traitement des patients intoxiqués, le niveau d’intoxication pouvant affecter les soins ou la capacité d’un patient à consentir aux soins.

Le sujet de l’investissement dans le marché du cannabis, quant à lui, est un peu moins délicat mais nécessite tout de même une bonne réflexion.

 

L’industrie du cannabis est déjà massive

Ces dernières années, plusieurs compagnies canadiennes ont accédé au marché et ont commencé à s’y établir. Deux d’entre elles ont maintenant une capitalisation boursière (le nombre d’actions multiplié par le prix par action) supérieure à 5 milliards $. Et la croissance continue. À ce jour, la plus grosse prise de contrôle de sociétés du secteur, finalisée en juillet, a été conclue pour 2,5 milliards $ pour créer une institution de plus de 1 200 employés.

Par ailleurs, à la mi-août, une entreprise de fabrication de bière a annoncé un investissement de 5 milliards $ dans le but d’augmenter ses intérêts dans une société de cannabis. Il s’agit, jusqu’à maintenant, du plus important investissement dans l’industrie de la marijuana.

La Bourse des valeurs canadiennes (la seule bourse des valeurs à avoir été créée au Canada depuis plusieurs années) répertorie maintenant des dizaines de compagnies de cannabis. Ce secteur est presque aussi considérable que celui des mines, bien établi depuis plusieurs décennies.

Marijuanaindex.com est une base de données qui surveille les titres liés au secteur de la marijuana répertoriés sur des marchés boursiers au Canada et aux États-Unis, suivant les prix et les actualités d’une centaine d’entreprises.

Les banques canadiennes financent les compagnies de cannabis depuis plusieurs années.

Les compagnies de marijuana achètent des bâtiments industriels et construisent des serres autour des principaux marchés canadiens. Certains projets de construction dépassent le million de pieds carrés.

Comme dans toute industrie, on retrouve des acteurs dans de nombreux domaines d’activité, comme l’agriculture, le transport, le développement de produits, la consommation, les ventes et le marketing. De plus, des compagnies établies au Canada concluent des ventes dans d’autres marchés à travers le monde.

En d’autres mots, il ne s’agit pas d’une opération à petite échelle.

 

Que peut-on apprendre de l’expérience point-com?

L’industrie du cannabis est de très grande taille, mais est aussi relativement nouvelle. Certains éléments sont à considérer avant d’investir dans un secteur naissant.

Si l’on se fie à l’essor d’Internet vers la fin des années 1990, qu’une industrie émergente soit en croissance ne veut pas dire que toutes les compagnies (et par conséquent, toutes les actions) du secteur vont en sortir gagnantes. Quelques-unes en sortiront triomphantes, mais une majorité d’entre elles vont disparaître avec le temps – tout comme plusieurs sociétés Internet qui n’ont pas survécu jusqu’à notre siècle.

Même si certaines compagnies sont assez établies pour voir leurs titres échangés dans un marché boursier, certaines autres, plus petites, ne sont pas cotées en bourse. Le risque associé à ces dernières est encore plus grand.

Encore une fois, en prenant en exemple la croissance puis la décroissance du marché d’Internet, attendez-vous à ce que certaines compagnies soient rachetées. Cela peut être synonyme de retour sur investissement, mais aussi venir au prix d’un désavantage sur le long terme.

 

Soyez conscients des « variables inconnues »

Lorsque la consommation récréative de cannabis sera légalisée le 17 octobre, le marché continuera d’être fortement réglementé. Toutefois, les lois qui seront appliquées sont encore méconnues. Comment la vente de cannabis sera-t-elle encadrée? Comment les consommateurs seront-ils informés de la disponibilité et des caractéristiques du produit? Santé Canada a signalé vouloir appliquer des dispositions législatives à la commandite d’évènements (festivals de musique et autres) et a averti les actuels fabricants licenciés de ne pas faire la promotion de leur produit, car elle sera bientôt rendue illégale.

Comme avec tout marché en expansion, il y aura concurrence d’intervenants du monde entier. La compétition étrangère sera-t-elle autorisée? Sous quelle forme (production, ventes ou autres maillons de la chaîne logistique)?

 

Examinons deux autres points :

La production de cannabis n’est ni facile ni abordable.

Les serres sont coûteuses à construire et à entretenir. Les terres cultivables près des grands centres de population ne sont pas bon marché. Il reste à voir quel impact les fléaux et les maladies auront sur des opérations à grande échelle, lorsqu’elles seront développées.

Encore une fois, il ne s’agit pas de faire pousser de la marijuana dans une arrière-cour. Ce sont des cultures de grande envergure, qui seront soumises aux mêmes problèmes auxquels tous les agriculteurs font face.

La vente au détail n’est pas chose simple

Outre quelques hypothèses provenant de promoteurs d’actions, la taille du marché pour le cannabis à des fins récréatives au Canada reste inconnue.

De plus, il n’y a pas d’information solide à propos des données démographiques des acheteurs. (Sont-ils jeunes ou âgés, sont-ils des acheteurs ponctuels ou des clients fidèles?)  Tout comme on ne peut appliquer au Canada les données sur la vente au détail de beignes ou de jeans aux États-Unis, ce qui se passe présentement avec la marijuana au sud de la frontière ne sera sûrement pas représentatif.

En fin de compte, il est difficile de savoir, à ce jour, comment cette industrie se développera avec le temps. Est-ce que la législation deviendra plus contraignante ou moins stricte lors des cinq prochaines années (ou plus)?

 

En bref

Il y a encore beaucoup d’inconnu en ce qui concerne l’industrie du cannabis au Canada. Si vous êtes un investisseur autodidacte, il est prudent de faire des recherches et de connaître votre tolérance au risque avant d’investir. Si vous considérez un placement plus risqué, contactez un conseiller financier pour vous assurer que cela ne nuira pas à vos objectifs à long terme. Il n’y a pas qu’une société qui a des intérêts dans le cannabis. De grandes sociétés exportent vers des marchés mondiaux et ont des antécédents en matière d’investissement. De petites sociétés plus récentes peuvent avoir un créneau lucratif dans la chaîne de croissance et de ventes. La seule certitude qu’on peut avoir, c’est que le domaine verra beaucoup de changement dans les cinq prochaines années.

 

Cet article fournit des renseignements d’ordre général qui ne devraient pas être considérés comme des conseils personnels en matière de placement ou de finances ni comme une sollicitation pour l’achat ou la vente de titres.  Bien que tout ait été mis en oeuvre pour assurer l’exactitude de ces renseignements, y compris les opinions exprimées au moment de la publication, nous ne pouvons garantir leur exactitude. La conjoncture des marches boursiers ou d’autres facteurs peuvent changer et le CDSPI n’accepte aucune responsabilité quant aux décisions de placement individuelles résultant du fait qu’une personne a utilisé les renseignements contenus dans cet article ou s’y est fiée. Avant de prendre les décisions en matière de placement, les investisseurs devraient consulter un conseiller professionnel en placements.

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